août/111
Un monde plus carré.
On a raison de dire « con comme la Lune ». La Lune est tellement con qu’elle croit que la Terre est son satellite. Claude Frisoni, Frisoni soit qui mal y penseJe vais pas vous ressortir le couplet : pas de post depuis longtemps, tout ça. J’ai beaucoup travaillé sur mon serveur perso, ce qui en résulte dans pas mal d’améliorations pour l’administration et la création de contenu, même si ça ne se voit que peu à l’extérieur. À partir de maintenant, je vais essayer de favoriser la publication, donc !
En tous cas, vous pouvez d’ores et déjà retrouver les galeries d’images via l’onglet « Galeries » (O RLY?) en haut du site. Bon, tout ne marche pas encore, mais j’y travaille.
J’ai déjà parlé de tout le bien que je pensais de Minecraft, ce bac à sable formidable qui, semble-t-il, constitue une espèce de substitut à l’heureuse époque où l’on pouvait jouer avec ses Lego toute la journée sans se soucier de son assurance maladie, de sortir le chien, ou de tondre le gazon.
À la demande de plusieurs personnes, je reviens sur ce jeu pour vous présenter un peu ce qui m’a occupé quelques dizaines d’heures depuis bientôt un an, tout juste. Même si je n’y passe plus des heures et des heures comme au début, j’ai trouvé un genre de rythme de croisière où chacun des projets qui sont entrepris aboutissent sans trop de difficultés.
Mine de rien, on a bien travaillé : au lieu de se contenter de faire de beaux bâtiments, ou bien de câbler des mécanismes dantesques, nous essayons de faire un mélange des deux. Comme les rôles sont bien répartis dans l’équipe, en plus, le résultat est en général plutôt chouette.
Ad astra cum cubi
Le gros projet du début d’année, c’était la construction d’un centre spatial (oui, vous avez bien lu). Et voilà ce qu’on peut voir s’élever aujourd’hui :
Le côté rigolo de la chose, c’est que tout ça est fonctionnel. Ne rêvez pas, la fusée ne peut évidemment pas décoller. En fait, elle a été conçue comme la Columbiad de Jules Verne dans De la Terre à la Lune : un gros canon qui propulse un véhicule en l’air. Sauf que dans le cas présent, le véhicule, c’est le joueur dans un chariot de mine.
De manière plutôt rigolote, pour ceux qui ont lu le roman, nous avons appliqué plus ou moins les mêmes principes que les ingénieurs de Verne : rechercher les bonnes quantités d’explosifs (notre « craftonaute » étant propulsé par TNT), mettre en place un système d’amortissement du choc à eau…
Une fois lancé, le craftonaute n’a plus qu’à se démerder pour bien viser l’entrée de la station spatiale et y faire un atterrissage contrôlé. Ou pas.
Mais tout cela n’était pas assez complexe à notre goût. Du coup, on a décidé d’installer un centre de commande de l’autre côté du bras de mer. Ce qui donne ceci :
L’écran permet de suivre la progression du condamné depuis le centre de contrôle, dans le métro creusé sous la mer, puis dans sa remontée en haut de la tour et enfin à l’intérieur de la fusée. Le tout de manière totalement automatisée, cela s’entend. Et tant qu’à faire, nous avons fait un écran LCD indiquant le compte à rebours avant tir :
Vous voyez la taille de cet afficheur ? Bien, maintenant, sachez que pour le faire fonctionner, il a fallu creuser une pièce cubique immense de 30 m de côté pour y loger tout le câblage. Le bébé s’appelle Colossus, googlez ce nom et vous comprendrez.
Bien évidemment, le développement du centre ne s’est pas fait sans quelques contretemps, mais quand on travaille à l’explosif…
Le reste…
Dans un autre registre, nous avons créé un réseau de métro (automatisé, lui aussi) qui dessert tout notre petit monde. Il a posé des sacrés problèmes d’ingénierie…
Et pour finir, quelques images en vrac de nos autres réalisations :
That’s all folks!
J’ajouterai simplement que l’évolution de la map reste visible sur http://drepanon.fr/minecraft (ou via l’onglet en haut de la page quand j’aurai eu le courage de le faire), mise à jour toutes les nuits.
À bientôt !
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mar/110
Logbuch des Kapitän-Leutnant, Patrol Nummer 1
« Il fait froid à Wilhelmshaven. Que Munich me semble loin ! Mais depuis que la France et l’Angleterre ont déclaré la guerre au Reich en septembre, j’ai immédiatement été renvoyé au port où l’on se prépare à lancer les U-Boot à l’assaut de l’armada britannique.
J’ai tout de même eu raison de demander mon transfert à Wilhelmshaven. Quand je pense aux copains de Kiel, qui doivent se farcir le canal à travers la péninsule danoise pour partir en mission ! Eux n’auront peut-être pas les quelques litres de carburant qui leur seront nécessaires au bon moment…
Au moins, l’équipage ne se laisse pas emporter par l’euphorie du départ et garde son sérieux. Il faut dire qu’ils sont tous marins accomplis et savent ce qu’ils risquent. Je fais figure de gamin parmi mes officiers, mais j’espère vite gagner leur respect. D’ailleurs, j’ai ma petite idée à ce sujet…
Pour le moment, nous ne risquons rien. Mais il est bon de prendre dès maintenant de bonnes habitudes et les quarts se succèdent déjà à la passerelle.
Certains partent en mission, d’autres ont la chance de rentrer. Ils étaient en patrouille avant la déclaration de guerre et leur niveau de carburant ne leur laissait pas la possibilité d’engager l’ennemi.
Mais rapidement la nuit tombe sur la mer Baltique.
Ce qui ne nous empêche pas de veiller…
Ma mission est normalement de patrouiller dans l’Atlantique nord, et d’y couler tout navire allié que je pourrais y trouver. Mais pour une première sortie, j’ai décidé de frapper un coup immense à la Royal Navy en attaquant directement sa base principale : la rade de Scapa Flow, dans les Orcades. De toute manière, c’est sur mon chemin pour l’Atlantique nord, vu qu’il est bien sûr hors de question de tenter une traversée de la Manche au tout début de la guerre. Nous partons donc à petite vitesse vers les côtes écossaises. Mon navigateur m’assure qu’en poussant les machines au tiers de la puissance nominale, nous devrions avoir largement assez de carburant pour faire l’aller-retour.
Un soir d’octobre arrive. Cela fait quelques jours que nous sommes en mer et enfin, nous avons notre propre aperçu de l’ennemi.
Aucune trace d’activité sinon les flammes qui ravagent le pont du petit bateau. Je décide d’approcher prudemment de l’épave en devenir…
Le bateau est de toute manière condamné, et coulera dans quelques heures. Je décide de ne pas l’achever : le son d’une explosion porterait extrêmement loin sur l’eau et risquerait d’être remarqué par un destroyer en vadrouille.
Nous reprenons notre route et dépassons le large de Scarborough, toujours sans être remarqués. Mais cela ne peut durer éternellement et nous apercevons bientôt un cargo à l’horizon. Vu sa position, il ne peut être que britannique. Je ne désire pas gaspiller la moindre torpille, aussi j’ordonne une attaque en surface et le canon de 88 est armé.
Le formidable entraînement des hommes leur permet d’engager la cible en mouvement à une distance impressionnante, et bientôt, le cargo distant de quelques kilomètres est la proie des flammes.
Soudain, un flash intense illumine la mer et le cargo se coupe en deux sous l’effet d’une grande explosion.
Je jubile intérieurement de cette première victoire. Les hommes, eux, sont plus réservés et déçus : tout est allé vite, trop vite pour eux.
Quelques jours passent encore. Nous contournons les Orcades par le nord. Je sais, en effet, que la rade de Scapa est bloquée à l’est par de nombreux navires que les Anglais ont coulé là, formant d’infranchissables barrières.
Je choisis donc d’attaquer le port par son chenal ouest.
Il n’empêche que le chemin reste pavé d’embûches. Le passage ne fait qu’un kilomètre de large, et je risque d’être repéré par les nombreuses batteries côtières.
Je décide de garder mon U-Boot en surface le plus longtemps possible. En effet, en plongée, je serai limité par la charge de mes batteries pour avancer : autant profiter au maximum de mon Diesel.
Le calme est de courte durée, puisque nous repérons rapidement un destroyer en maraude.
Ce coup-ci, que nous le voulions ou non, nous devons plonger pour échapper à l’agresseur.
Heureusement, l’eau est sombre et la visibilité ne permet pas à l’Anglais de nous distinguer à quelques mètres. Nous profitons du bruit de ses hélices pour nous faufiler toujours plus dans Scapa Flow.
À chaque fois que j’émerge la pointe de mon périscope, je me retrouve dans la brume matinale. Je me décide donc à lancer le sous-marin à pleine vitesse vers la baie au nord, puis nous coupons nos moteurs afin de dériver tranquillement au centre de l’étendue d’eau. Quand soudain…
Au vu de l’espacement des feux, je crois tout d’abord avoir trouvé plusieurs navires séparés. Nous nous rapprochons doucement…
Ce que je vois doucement rouler dans la rade de Scapa, ses dizaines de milliers de tonnes mollement accrochées à ses ancres, c’est le fleuron de la flotte britannique, le plus moderne de ses croiseurs de bataille. J’ai devant moi le HMS Hood, à bord duquel 1500 âmes peuvent diriger un feu d’enfer. Nul navire allemand ne pourrait s’opposer à ce monstre, si ce n’est le Bismarck. Mais ici, la bête est vulnérable à mes torpilles. Je ne communique pas l’identité du monstre à mon équipage, je ne sais trop à quoi m’attendre. Je décide donc de procéder au calcul de mes solutions de tir moi-même. La cible est immobile, et il m’est facile de pointer ses points faibles : je dirige les gyroscopes de mes torpilles sur ses cheminées et ses pièces d’artillerie principales, espérant toucher et détruire sa salle des machines ou sa poudrière.
Je tire trois torpilles qui se suivent rapidement. Il est hors de question de me contenter d’endommager ou même de couler le croiseur : dans de telles eaux, il pourrait être renfloué. Non, je dois m’assurer sa destruction totale.
Je suis le premier témoin de l’attaque qui secoue brusquement le Hood. Quelques instants plus tard, plusieurs explosions nous parviennent : au moins deux de nos torpilles ont touché et explosé sur la coque.
Mais la brume se lève et je ne peux pas espérer rester en embuscade trop longtemps. J’ordonne donc un demi-tour rapide et commence à repartir par là où je suis venu. Je note tout de même la présence d’un destroyer non loin de là, lui aussi au mouillage. Je ne peux décidément pas laisser filer une telle occasion et nous préparons immédiatement un tir par nos tubes arrières.
Les Anglais ne sont pas idiots, et je ne peux pas tirer profondément sous la quille du navire en espérant l’éventrer : il est certain que des filets ont été tirés afin de contrer de telles attaques. Je tire donc à faible profondeur, pour passer par-dessus les filets. C’est de toute manière la meilleure chose à faire contre ce destroyer dont le tirant d’eau n’est que de quelques mètres.
Mes hommes rechargent rapidement, ils sentent à quel point nous vivons un grand moment. Mais quand la troisième torpille atteint son but, celui-ci a déjà la proue immergée et coule dans un bruit déchirant d’acier.
Nous ne pouvons désormais que fuir. Nul doute que la Home Fleet va mettre pleine vapeur vers le lieu du drame, et nous ne voulons pas nous retrouver aux prises avec ce que le monde compte de mieux dans le registre anti-sous-marin.
Mon inquiétude laisse toutefois la place à une profonde euphorie au moment une boule de feu illumine la baie.
Les réserves de poudre du Hood, visées par une de mes torpilles, ont subitement explosé, et je vois la carcasse dévastée par une immense explosion s’enfoncer dans les eaux de Scapa Flow. Adieu Hood !
Nous fonçons à profondeur périscopique pour nous évader de la rade ; les quelques navires britanniques qui auraient pu réagir à l’attaque sont encore occupés à fouiller dans la baie de Scapa et dans le chenal est que nous émergeons à l’ouest de l’île. J’attends d’être parfaitement à l’abri pour révéler à mes hommes l’identité de notre victime. À voir l’expression de leur visage, je comprends qu’ils prennent la pleine mesure de l’évènement.
Je ne cherche pas à engager quelque navire que ce soit lors du trajet du retour, et décide même d’annuler la mission prévue dans l’Atlantique pour rentrer à bon port. Le U-Boot qui a coulé le Hood ne doit pas sombrer sans avoir reçu les honneurs auxquels il a droit.
Toutefois, nous apprenons que si pour nous qui côtoyons l’ennemi tout semble se passer pour le mieux, pour nos camarades restés au port, au contraire, les jours sont difficiles. Un raid allié a frappé Wilhelmshaven et plusieurs quais sont détruits. Nous altérons donc notre cap et rentrons en Norvège, pays neutre, nous abriter et refaire le plein.
Kristiansand, 24 octobre 1939 Kaleun Drepanon, commandant l’U-122. »
6 mois passés sans poster, je sais, j’abuse. Alors je vous gratifie du premier épisode d’une petite série sur le formidable Silent Hunter III.
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oct/101
N’achetez pas Minecraft.
Pardon, public aimé ! Je me suis rendu coupable d’une absence déchirante pendant trop longtemps. Pour m’excuser, je pourrais vous dire que je bosse pas mal depuis cet été et que mes activités extra-professionnelles ne sont pas loin de se résumer au sommeil. Le souci, c’est que ce serait la vérité, et donc que ce serait beaucoup moins drôle. Du coup, je vais plutôt vous faire rêver et vous dire que je reviens tout juste de chasser des bébés phoques en arctique. Et hop !
C’est quoi ?
Fake ! Seuls des geeks visitent ce blog, tous les geeks jouent à Minecraft, tout le monde ici connaît donc.
Blague à part, Minecraft, c’est un jeu indépendant édité par Mojang Specifications, plus exactement par Markus Persson (ne riez pas, c’est son vrai nom), alias Notch. Je vous en conjure, ne l’achetez pas !
Un gameplay pourri
C’est bien simple, il n’y a pas de règles. Vous faites ce que vous voulez, où vous voulez. Scénario inexistant, personnages creux…c’est bien simple, dès les premières minutes on se retrouve perdu dans la carte.
Un jeu moche
Minecraft est laid. Minecraft est très très laid. Le monde de Minecraft n’est constitué que de blocs cubiques d’un mètre de côté. Les textures qui habillent ses blocs font la bagatelle de…16 pixels de côté. Vous l’aurez compris, Minecraft est laid.
Un jeu releasé en alpha
Non mais, où se croit-on ? Le développeur a le culot de proposer à la vente un jeu pas fini ! Et ce depuis des mois ! C’est évidemment très buggé.
Un jeu cher
10 € ! 10 PUTAINS d’euros pour ça ! pour ÇA !
Un jeu…qu’il est bien
Bin oui. Parce qu’en fait, j’en suis dingue. Reprenons :
- un gameplay pourri…ou pas.
Minecraft est une sandbox. Sans doute la plus aboutie qu’il m’ait été donnée de connaître. Si certains d’entre vous ont connu le GMod pour Half-Life² et ses extensions du type Wiremod, ils ont une idée de ce que Minecraft peut faire. Sauf que ça va beaucoup plus loin.
Un des intérêts du jeu, c’est que l’on peut crafter des objets par une combinaison intelligente d’autres objets. Quelques exemples de réalisations possibles : Abattez un arbre. Vous obtenez du bois. Que vous transformez en planches. Dans l’interface de crafting, c’est-à-dire de…réalisations artisanales, on va dire, prenez deux planches. Mettez-les bout à bout. Bravo, vous avez fait un bâton.
Jonctionnez deux bâtons. Attachez à leur extrémité une planche : bravo, vous avez fait une pelle. Deux planches, vous avez une binette, ou une hache, selon leur position. Trois planches, vous avez une pioche. Faites un four en disposant des pierres comme il le faut. Alimentez-le avec…tout ce qui peut brûler, puis faites-y fondre du sable. Bravo, vous avez fait du verre.
Normalement, là, si vous êtes un peu geek et que vous avez aimé jouer aux Lego étant petit, votre cerveau fond. Du moins c’est ce qui m’est arrivé.
Toute l’essence du jeu se résume alors en trois points :
- crafter le nécessaire à sa survie (pelles, pioches, etc.)
- s’aménager un petit pied-à-terre douillet
- étendre sa domination au monde entier !
De manière assez amusante, alors que le jeu nous met dans la peau d’un Robinson dans un monde vierge de tout, société y comprise, le premier réflexe qui nous vient est de reconstruire la société telle que nous la connaissons…
- un jeu moche…mais beau.
Minecraft a beau avoir la qualité graphique d’un Super Mario, son exécutable a beau ne peser que 230 Ko, il nous met face à des paysages gigantesques, sauvages et vierges de tout. Je serais curieux de jeter un œil à l’algorithme de génération des cartes, car il génère des mondes cohérents (quoique très vallonnés, et c’est tant mieux).
Attention cependant, le jeu est codé en Java, de ce fait il n’est pas forcément peu gourmand en dépit de ses graphismes préhistoriques.
- un jeu releasé en alpha…et on n’attend pas forcément la bêta.
Eh oui, qui dit version bêta dit version (presque) finie. Il est donc à souhaiter qu’elle ne voie jamais le jour, puisqu’aujourd’hui Notch a la gentillesse d’updater son jeu très régulièrement, y ajoutant à chaque fois un lot de nouveautés. Songez qu’il travaille sur le jeu à plein temps depuis juin ! Ce qui m’amène au dernier point…
- un jeu cher…enfin surtout qui rapporte gros.
Pour ne vivre que de son jeu, connaissant le prix dérisoire auquel Notch le vend, il fallait une réussite commerciale. Pari gagné, puisque le jeu a déjà rendu son développeur riche ! J’ai lâché 10 € pour ce jeu. Avec le recul, j’aurais presque aimé en payer plus…
Conclusion
N’achetez pas Minecraft. N’essayez même pas de télécharger la version gratuite. Parce que sinon, vous y consacrerez beaucoup trop de temps. D’ailleurs, j’y retourne.
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août/102
Apparently seriously.
C’est comme ça que le Wall Street Journal décrit Monsieur Schmidt (souvenez-vous) en train de nous étaler sa nouvelle conception de l’anonymat sur internet. Ça se lit ici (en anglais) ou ici (en français).
Quand je l’ai lue, j’ai cru à une blague.
Quand j’ai réalisé que ce n’en était pas une, j’aurais aimé ne jamais connaître internet.
Pour les feignasses :
Nous savons grosso modo qui vous êtes, ce qui vous tient à cœur, qui sont vos amis. [...] Plutôt que de chercher à effacer vos traces sur Internet, mieux vaut vous effacer vous-même en changeant d’identité.
Comme d’autres l’ont déjà souligné, je propose que tout le monde demande de changer de nom pour « Eric Schmidt ». Peut-être comprendra-t-il enfin à quel point nos vies privées devraient le rester.
Même la réponse d’Eco89, plutôt hostile, est ridicule :
Aux États-Unis, tout autant qu’en France, changer de nom nécessite une procédure laborieuse et complexe.
J’en déduis que si la procédure avait été facile, la proposition de Monsieur Schmidt aurait pu être plus favorablement reçue.
Sérieusement, je suis le seul que ça révulse ?
Dans un tout autre registre…
Histoire de me changer les idées, j’ai un peu joué avec WordPress et l’outil de création de galeries photo SimpleViewer. Du coup, j’ai décidé de vous infliger un peu plus régulièrement quelques images sélectionnées…
On commence par le premier volets de ce que j’appellerai des « carnets de voyage » regroupant les plus beaux screenshots que j’ai pu réaliser au cours de mes périples vidéoludiques. Honte à moi, il s’agit de World of Warcraft sur lequel j’ai passé quelques heures durant les 10 jours d’essai. Du reste, le jeu est plutôt chouette, si ce n’étaient les quêtes, qui battent des records d’ennuis. Et les joueurs. Et l’abonnement payant, aussi.
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août/104
Eric Schmidt se fout de vos gueules.
Michel FoucaultLe problème était autrefois pour celui qui écrivait de s’arracher à l’anonymat de tous, c’est de nos jours d’arriver à effacer son propre nom et de venir loger sa voix dans ce grand murmure anonyme des discours qui se tiennent.
Écrire cet article me fait essayer un truc : taper « drepanon » sur Google pour voir le résultat. Autrefois introuvable, aujourd’hui premier résultat référencé, youhou !
Pas de chance, aujourd’hui je parle pour cracher mon venin sur le patron de Google (et par extension, l’ensemble des NTIC qu’il incarne). En cause, ses propos lors de la conférence Techonomy, relatés par un article du Monde. Tout le monde se souvient de son célèbre « Si vous souhaitez que personne ne soit au courant de certaines choses que vous faites, peut-être que vous ne devriez tout simplement pas les faire », qui en soi avait déjà hérissé quelques poils sur le dos des internautes, mais le bougre s’est mis en tête de réitérer l’exploit en lançant des affirmations encore plus (est-ce possible) délirantes. Florilège :
Si je regarde suffisamment vos messages et votre localisation, et que j’utilise une intelligence artificielle, je peux prévoir où vous allez vous rendre.

Déjà, si tu regardes mes messages, tu triches. Si tu regardes mon compte bancaire, il y a de fortes chances pour que tu puisses voir combien mon boulot me rapporte. Si tu regardes dans mon garage, même sans intelligence artificielle, même sans intelligence tout court (tu dois connaître), tu devrais pouvoir connaître la marque ET MÊME le modèle de ma voiture ; et enfin si tu regardes dans mon tiroir à sous-vêtements tu pourras en te forçant un peu découvrir quelle marque de caleçons je porte. Tout ça sans I.A. ! Monsieur Schmidt, tu n’espères qu’une chose, c’est que tes phrases-choc bidon attirent l’attention de tes auditeurs.
Imaginez, si votre facteur vous avait dit :
Si je lis suffisamment vos lettres et que je connais votre adresse, et que j’utilise mon cerveau, je peux prévoir où vous allez vous rendre.
Ça fait moins accrocheur, dit comme ça, hein ? Et pourtant, quelle différence ? Ah si, Monsieur Schmidt doit apparemment utiliser une I.A. en lieu et place de son cerveau, il n’a donc pas de cerveau ou le sien est dysfonctionnel. CQFD.
Montrez-nous 14 photos de vous et nous pourrons vous identifier.
Monsieur Schmidt, pour plagier la remarque d’un ami, tu es un peu limité. Moi, si tu me donnes une seule photo de toi (bon pas une pourrie hein, et bien cadrée, il y a des parties de toi que la morale réprouve), je devrais être capable de t’identifier. D’ailleurs, sur l’article du Monde, il ne m’a fallu qu’une seule photo pour reconnaître une tête de con.
Vous pensez qu’il n’y a pas quatorze photos différentes de vous sur Internet ? Il y en a plein sur Facebook !
Monsieur Schmidt, ton I.A. déconne. Moi, mon I.N. (Intelligence, ben euh, Naturelle) m’a informé que Facebook avait mis en place des paramètres de confidentialité, et que, correctement réglés, ils devraient être permettre de garantir une certaine…confidentialité. Tu sais quoi ? Je peux même dire qui a le droit ou n’a pas le droit de regarder les photos sur lesquelles je suis marqué ! Et même si ces photos ne sont pas de moi ! Dingue hein !
Je réalise cependant que tu dois sous-entendre que ton merveilleux pays est soumis au Patriot Act, ce qui veut dire que paramètre de confidentialité ou pas, les autorités peuvent récupérer ce qu’elles veulent quand elles le veulent. Il est vrai que tous les taliban que je connais ont pour coutume d’échanger les plans de leurs IED sur Facebook.
Ah et puis il y a des gens qui n’ont pas de compte Facebook, et qui cherchent même à ne rien publier sur internet. Je pourrais t’en citer plein, mais ça serait un peu débile, du coup…
De rien.
Pour M. Schmidt, le monde « n’est pas prêt pour la révolution technologique qui s’annonce ». Avec l’explosion des données rendues publiques par les internautes, les épidémies ou les crises deviennent prévisibles ; le monde produisant aujourd’hui, selon lui, autant de données en deux jours qu’entre « l’aube de la civilisation et 2003 ».
Je le confesse, il est 2 h 13, je suis passablement fatigué, je pars avec un a priori négatif mais j’ai beau retourner ces phrases dans tous les sens, je ne comprends pas le rapport. Nous ne sommes pas prêts, mais en fait c’est trop cool parce que tout devient prévisible ?
Le moteur de recherche a par exemple lancé un outil de suivi de la progression de la grippe A, basé sur les recherches effectuées par les internautes.
Et qui s’en est soucié ?
Mais cette explosion du volume de données peut également être mise à profit à des fins moins bénéfiques, juge M. Schmidt. « La seule manière de gérer ce problème est une vraie transparence, et la fin de l’anonymat. »
C’est ridicule. Qui ou quoi te permet d’affirmer qu’il s’agit d’une solution, et encore qu’elle est unique ? Et qu’espères-tu ? Pour se protéger, les vrais méchants évolueront : tout comme les terroristes arrêtent de s’envoyer des mails et en reviennent à des solutions plus pragmatiques, les futurs méchants passeront de l’anonymat à l’usurpation d’identité. Tout comme, HADOPI aidant, on va arrêter de télécharger depuis sa connexion ADSL pour le faire depuis la Livebox de la mémé d’à côté.
Dans un monde où les menaces sont asynchrones…
Moi je connais le moteur asynchrone. Une menace asynchrone, c’est comme une armoire à rétropédalage, ça ne veut rien dire.
…il est trop dangereux qu’on ne puisse pas vous identifier d’une manière ou d’une autre.
Il a l’air cool ton monde Monsieur Schmidt. Attends, moi aussi j’essaie. « Dans un monde où les menaces sont asynchrones, il est trop dangereux qu’on ne puisse pas connaître vos convictions religieuses et/ou politiques. » Et dans dix ans, on marche au pas en levant le bras et en criant Heil Pepito, c’est ça ?
Nous avons besoin d’un service d’identification personnel. Les gouvernements le demanderont.
Fallait le dire tout de suite. Fallait dire : « La Chine nous le demande, maintenant, et y’a des chances pour que d’autres – au hasard, la monarchie sarkozienne – s’y mettent. Alors comme on veut un marché là-bas, vous allez payer les pots cassés. »
Et encore, même dit comme ça, je t’aurai répondu la même chose : Monsieur Schmidt, va te faire foutre.
Monde de merde.
juil/103
Joue à Splinter Cell dans ton jardin !
Tous ceux qui ont déjà fait joujou avec Sam Fisher (le gros bourrin de la NSA qui fait passer les acrobaties de Lara Croft pour d’aimables galipettes pour cul-de-jatte) le savent bien : s’il y a bien un gadget qui vent du couscous par kilos entiers, ce sont bien les jumelles de vision nocturne (JVN ou NVG pour night vision goggles in english) !
C’est bien simple, avec un truc pareil, et malgré le fait que vous vous baladiez avec trois lampes-torches vertes sur le nez, vous êtes plus discret que Carla Bruni en concert, vous voyez le méchant (un noir) planqué dans l’ombre (obscure) d’un tunnel (sombre) par une nuit sans lune (donc…foncée), vous emballez la fille du méchant et lui piquez son trésor.
Fort de cette constatation, je me suis dit, tiens, et si je me fabriquais les miennes ?
Comment ça marche ?
De base, il existe deux technologies : celles se basant sur l’utilisation des infrarouges et celle qui consiste à utiliser le peu de lumière ambiante et à l’amplifier. Cette dernière technologie, qui est utilisée dans la plupart des matériels réels, est un peu hors de ma portée puisque j’ai eu un peu de mal à trouver une photocathode à l’arsénure de gallium dans ma poubelle, même en cherchant bien.
Donc, plutôt que de chercher à accélérer le rayonnement lumineux avec une très haute tension, j’ai essayé de travailler dans le domaine infrarouge. Hors de question pour moi d’acquérir une vraie caméra infrarouge, ça coûte les yeux de la tête et la peau des fesses réunis, même si ça donne des jolies n’images :
Du coup, je me suis penché sur les technologies les plus rustiques, à savoir l’utilisation de capteurs sensibles au proche infrarouge (c’est-à-dire la portion de l’IR la plus proche du spectre visible) et l’illumination de la scène par un projecteur infrarouge.
Trucidons les appareils photo dans la joie et la bonne humeur
Première tentative : je désosse un vieux Coolpix. Eh oui, les capteurs CCD des appareils photo numériques (APN) sont en fait sensibles au proche infrarouge !
Bon à savoir : le condensateur du flash, quand il se décharge dans vos doigts, fait mal (280 V quand même). Astuce du pro : branchez-y une ampoule toute bête, elle va flasher un coup et le condensateur sera déchargé. Vous ne pouvez pas le louper, c’est un machin énorme qui ressemble à une pile AAA…
Évidemment, je n’ai pas de photo du moment crucial où je tombe sur le capteur CCD in situ. Le voici une fois le bloc optique retiré (ce qui n’était pas une mince affaire…) :
Posé, ou plutôt collé dessus, il y avait ça :
Un bout de verre bleuâtre aux reflets rouges ? Les plus scientifiques d’entre vous auront reconnu un filtre aux infrarouges placé là justement pour protéger le CCD des rayonnements non désirés. Si on le dégage, notre CCD devient sensible au proche infrarouge et le représentera à l’écran par un espèce de rouge pâle.
C’est tout ?
Presque ! Comme je ne veux qu’une caméra infrarouge, je remplace le filtre IR par un filtre visible. C’est pas bien sorcier, il suffit d’empiler 3 ou 4 épaisseurs de pellicule photo exposée et développée, qui laisse passer les IR en filtrant le visible. Remontez le tout et vous obtenez une petite caméra IR (à noter que cette astuce fonctionne aussi sur les webcams, les appareils de téléphone portable et compagnie).
Cette technique toute bête, bien connue des gros geeks, donne des résultats rigolos de jour : les écrans de PC sont tous également blancs, le Coca est transparent, nous sommes tous albinos, j’en passe et des meilleures. De nuit, on ne peut pas se passer d’un éclairage IR additionnel. Mon premier test s’est fait à l’aide d’une télécommande de télé (appuyez en continu sur une touche pour émettre des « bips » infrarouges mais j’ai vite basculé vers une lampe de poche munie d’un autre filtre en pellicule photo.
On passe à la vitesse supérieure ?
Sauf que moi, je ne voulais pas un appareil photo qui fait aussi infrarouge, je voulais des vraies JVN-que-Sam-Fisher-il-a-les-mêmes. Du coup, j’ai laissé tomber l’APN et je me suis mis à fureter sur le net. Qui plus est, démonter et remonter un appareil photo est très risqué pour l’appareil quand on s’appelle moi, mon Coolpix en a fait l’amère expérience. RIP.
Donc, je suis tombé (aïe) là-dessus :
Pour une vingtaine d’euros (frais de ports inclus, mais WTF quoi) je me retrouve avec une mini caméra qui marche dans le visible jusqu’à des niveaux de lumière très faibles, et qui bascule toute seule en infrarouge quand la lumière est trop faible en allumant ses LED d’éclairage IR. Le rêve…
Pour le reste de l’idée, je me suis inspiré de cette page. Le reste du matériel ? Un vieux caméscope JVC dans ce goût-là :
Et une lampe frontale histoire de récupérer le bandeau élastique et la monture.
Let’s do some soudure
Première étape, démonter le caméscope et débrancher le chercheur (le petit machin qui bascule sur le côté et dans lequel on colle son œil pour voir ce qu’on filme. En fait, c’est une télé miniature. Dans mon cas, il était simplement branché via un connecteur au reste du caméscope, mais sur d’autres modèles il faut le dessouder…
Après cela, il faut ouvrir le chercheur et identifier les fils. La masse est la plus facile à identifier puisqu’elle correspond à la carcasse du tube cathodique…en plus, pour une fois les concepteurs n’ont pas été trop idiots et l’ont dotée d’un fil noir. Dans la même logique, l’alimentation se fait via le fil rouge : en envoyant une tension de 6 V récupérée via les batteries du caméscope, le chercheur s’allume.
Retrouver les fils de signal vidéo m’a pris plus de temps. Il a déjà fallu déterminer si le chercheur fonctionnait en S-Vidéo ou en composite : bien entendu, j’ai commencé par le mauvais…j’étais de plus persuadé qu’il me suffirait d’envoyer un signal dans un fil pour le voir à l’écran ; en fait non, la masse du signal vidéo est séparée de celle de l’alimentation, ce qui m’a pris un moment.
J’ai ensuite fabriqué le bloc d’alimentation :
Manque de chance, si le chercheur marche en 6 V, la caméra elle demande du 12 V pour fonctionner. Du coup, je suis obligé d’utiliser deux batteries : aux bornes de l’une d’entre elles, je sors du 6 V, tandis qu’aux bornes des deux en série je mesure du 12 V. J’ai donc dû fabriquer un boîtier assez dégeulasse en bois avec un petit interrupteur coupe-circuit, mais je caresse l’idée d’améliorer le système avec de l’électronique pour doubler la tension d’une seule batterie…
Le pack batteries s’attache par le biais de petits crochets en tôle à l’arrière du bandeau élastique de la lampe frontale, ce qui permet d’équilibrer plus ou moins les masses de part et d’autre de la tête.
De l’autre côté, j’ai monté le chercheur sur un petit support lui permettant d’être baissé et relevé à volonté :
Un peu de soudure entre les morceaux…
Remarquez que la caméra dispose d’une sacré rallonge, ce qui lui permet au choix d’être fixée au niveau du front (standard, quoi) ou bien déportée un peu où on veut…
À l’origine, toute la masse était répartie sur la sangle élastique supérieure, mais ça représentait un peu trop. Du coup, j’ai relié l’ensemble frontal et le pack batteries par un bout de sangle en cordura, et maintenant je n’ai plus peur de perdre un morceau en route…
Mais alors, ça marche ?
Un peu que ça marche ! Pour vous donner une idée, voici une image de mon salon prise avec la caméra en mode infrarouge. Le gros parasite devant, c’est moi.
Je n’aurais pas cru à une telle puissance. La photo ci-dessus a été prise dans la plus parfaite obscurité !
En pratique, tant que la distance n’est pas trop grande, c’est assez jouissif. On voit dans le noir le plus total…quelques points négatifs à corriger, cependant :
- le chercheur est trop lumineux ! De nuit, il détruit complètement toute accoutumance à l’obscurité. Je prévois d’y adjoindre un filtre vert pour protéger mes rétines.
- l’angle de vision de la caméra n’est pas top et donne l’impression de regarder par les yeux d’un mec qui serait situé 3 m devant vous. Super pratique pour éviter un mur, par contre pour éviter de se cogner les orteils partout mieux vaut anticiper et bien regarder par terre…
- l’écran du chercheur est bien évidemment trop petit. Je vais essayer d’y adjoindre une loupe…
- l’aspect cosmétique du bricolage est à revoir. Mais ça va venir…
- le poids du pack batteries est assez déplaisant à l’arrière. Pour ça, il va falloir faire un peu d’électronique…
Conclusion
Un bien joli bricolage dont je suis, pour une fois, assez satisfait. Évidemment, cela tient du gadget inutile, mais je suis content d’obtenir des résultats somme tout sympathique pour un investissement minimal.
À bientôt pour de nouvelles aventures ! La semaine prochaine, nous verrons comment fabriquer un turboréacteur avec un rouleau de PQ.
juil/100
Les composites c’est fantastique, part deux
Oulah, ça fait des semaines que je n’étais pas venu poster !
La faute à…tout plein de trucs différents même si la procrastination en occupe une large part.
Rappel des opérations : on cherche à injecter de l’huile (puisqu’on n’a pas mieux) dans un moule. Comme on ne veut pas passer cinquante ans à régler le bazar, on va essayer d’écrire des lois donnant les différents paramètres d’injection.
Pour ça, première étape : déterminer la perméabilité du milieu d’injection à l’aide de formules scientifiques barbares (pour les intéressés, c’est la loi de Darcy). Et pour ça, il va me falloir la viscosité de l’huile…
Comment on fait ?
On fait tourner un mobile de dimensions connues dans un godet rempli d’huile. Évidemment, on s’en fout plein partout.
En gros, plus le liquide sera visqueux et plus le moteur électrique devra fournir un effort important pour entraîner le mobile à une vitesse donnée. Après moultes conversions, on obtient une valeur de viscosité dans cette unité barbare qu’est le Pascal – seconde (Pa.s). Après, il ne reste plus qu’à faire chauffer l’huile par incréments réguliers pour obtenir ça :
Je dis « il suffit » mais en fait cette courbe, c’est une journée de travail, beaucoup d’huile renversée et beaucoup de temps perdu à attendre la chauffe de l’huile…
Et après ?
Après, il s’agit d’instrumenter le moule pour déterminer les autres facteurs de la formule de Darcy. Au final, on a ça :
Les fils sont en fait des thermocouples (en gros, des capteurs de température) :
Deux capteurs à l’entrée, deux capteurs à la sortie. Si l’on choisit d’en mettre deux, c’est pour essayer d’avoir une redondance entre les valeurs.
Maintenant, on découpe des carrés de tissu (de la fibre de verre) et on les place dans le moule. Dans la vraie vie, c’est dans ce tissu que serait coulée la résine.
Et c’est reparti pour une injection d’huile chaude !
On relève les températures de l’huile :
Résumons
- on a la température de l’huile ;
- on a donc sa viscosité ;
- on peut donc déterminer la perméabilité du milieu grâce aux autres paramètres (temps d’injection notamment).
Conclusion : si l’on connaît la viscosité de la résine, vu qu’on aura la perméabilité, on pourra donc déterminer le temps d’injection adapté.
Dans les faits, on va donc obtenir des abaques de réglages qui vont nous donner le débit en fonction de tous les autres paramètres. Ce qui est chouette, c’est qu’on peut fixer n’importe quel paramètre et obtenir les autres !
Fin de l’histoire…c’était plutôt dense mais intéressant. J’ose espérer que ça ressemble à ça, la recherche : sinon, le Master Recherche, ça va pas être franchement la joie…
See you soon !
mai/100
Les composites c’est fantastique
Le piston ne marche qu’avec les huiles.
Philippe Bouvard
Maintenant que je suis plus ou moins sûr de faire passer les 6 prochains mois à fabriquer des bouts d’Airbus, je peux profiter un peu de mon temps pour vous parler de ce qui sera mon dernier projet scolaire de l’année. Ça tombe bien, c’est lié !
À l’inverse de mes machins à base de soufflerie et compagnie (remember), je parle ici d’un projet non pas fini mais en cours. D’autres articles sont donc en prévision…
Mais de quoi tu va parler, bordayle ?
D’un truc trop génial top moumoute qui vend du couscous par boîtes de 3 kilos. Je vais vous parler…
…des composites !
Le principe de base du composite c’est d’allier un machin plein de fibres (le renfort) avec un bidule tout collant (la matrice). En pratique, le renfort donne au matériau ses propriétés mécaniques de résistance, de flexibilité, etc. tandis que la matrice sert à coller tout ça ensemble. Exemple tout bête : le béton, avec sa matrice de ciment qui colle ensemble des grains de sable ou des graviers.
Dans les faits, le composite qui nous intéresse vraiment c’est celui à base de fibres de verre, de carbone ou d’aramide (qui a dit Kevlar ?) noyées dans une résine. Ce genre de matériaux composites c’est supayre. Prenez n’importe quel machin en acier ; le même en matériaux composites à fibres de carbone pèsera à peu près 7 fois moins lourd. On me chuchote à l’oreillette qu’il coûtera aussi 10 fois plus cher, mais quand on aime on ne compte pas…
Comment ça marche alors ?
Pour faire des jolies pièces en composites, quelques méthodes (liste non exhaustive) :
- utiliser des préimprégnés : en gros, il se vent au m² des feuilles de textile (fibres de verre/carbone/aramide) préimprégnées (d’où le nom) de résine. Prenez un moule de ce que vous voulez faire, plaquez autant de couches de ce textile que vous le désirez, mettez au four à 180 °C pendant un moment, c’est fini ! Votre résine a polymérisé et il ne vous reste plus qu’à démouler votre pièce. C’est assez artisanal, à tel point que j’envisage d’en faire chez moi…
- projeter un mélange résine-fibres : vous utilisez un genre de pistolet à peinture qui vous projette d’une part la résine, et d’autre part des fibres en petits morceaux. Vous faites cuire, et c’est fini. Vous avez déjà regardé la face cachée d’une piscine rigide ? C’est souvent fait comme ça…
- travailler par infusion : c’est cette dernière méthode qui m’intéresse. Prenez un moule à la forme de la pièce voulue, étendez-y le textile que vous voulez et injectez votre résine dans le moule que vous chauffez. Problème : la résine seule est très visqueuse et pour l’injecter sans souci, hors de question de se contenter de la verser : il faut l’envoyer sous pression et éventuellement la chauffer pour la fluidifier.
Des images !
Ça vient !
Le moule utilisé ressemble à ça :
Pour injecter la résine, mon école dispose d’une machine (qui doit coûter un prix déraisonnable) qui ressemble à ça :
En gros, c’est une grosse cocotte-minute : elle permet de chauffer la résine (contenue dans une cuve), de mettre la cuve sous pression (pour injecter) ou au contraire sous vide (pour virer les bulles d’air) et de mélanger.
Premier problème : l’hélice ne passait pas dans les pots petit format que nous utilisons, il nous a donc fallu la retailler à la meuleuse…
Plus de sous !
Vu la facture de l’engin, mon prof de composites n’était pas trop d’accord pour nous laisser travailler avec de la vraie résine à 100 € / kg. Qu’à cela ne tienne, il nous a offert à la place de bosser avec ce qui ressemble à de l’huile de vidange, qui a à peu près la même viscosité. Et là, c’est le drame.
Beurk beurk beurk beeeeeuuuurk
Comment vous faites pour remplir un pot d’un litre environ avec de l’huile provenant d’un bidon de 60 litres (environ 80 kilos) quand vous n’avez pas de pompe et que l’orifice du bidon est trop petit pour y faire passer une louche ? Vous siphonnez. Avec la bouche. Je ne sais pas si vous avez déjà essayé avec de l’essence, mais c’est encore pire. Sans compter qu’en travaillant, vous vous en collez à peu près un demi-litre un peu partout, ce qui fait que vous avez à la fin de la journée l’impression que tout ce qui vous entoure a l’odeur d’huile. Alors qu’en fait, c’est vous qui en êtes couvert.
Est-ce que ça marche ?
Plutôt pas mal, oui…nous en sommes encore à la phase d’apprentissage de la machine, mais la première injection a directement été la bonne. Images :
C’est tout pour le moment…les prochains articles seront plus « scientifiques » et on essaiera de trouver les bons réglages pour la machine.
mai/102
C’est fini…
…ou presque.
Certains parmi mes lecteurs savent que j’ai durant cette année scolaire assumé la responsabilité de président de l’association chargée de fournir la connexion internet au sein de ma résidence étudiante. Dans quelques jours, je passerai la main à mon successeur. Mais avant, je voulais vraiment vous faire partager un peu tout ce qui a été ma plus grosse occupation pendant un an.
Avril 2009 – juin 2009 : first blood
Après des élections dignes d’une république bananière, je me retrouve à la tête de l’AMNet, et chargé de fournir un accès internet à quelques 280 étudiants environ. Je comprends vite que ça va être un sacré bordel : tout repose sur 3 lignes téléphoniques reliées à des neufBoxes qui plantent sans arrêt. De l’argent, on en a : plus de 4 000 € en caisse. C’est donc parti pour une refonte en profondeur du système pour améliorer la qualité de service…
Juillet 2009 – décembre 2009 – descente aux enfers
Pendant les mois qui suivent, je prends très cher. Comprenez par là qu’assumer seul la gestion d’un monstre de complexité tel est épuisant physiquement et mentalement : je ne compte plus les élèves qui viennent se plaindre, ou même qui prennent ma chambre pour un dépannage informatique. La connexion est dans l’état où je l’ai trouvée, c’est-à-dire instable, et je dois fréquemment descendre au local de l’AMNet pour y faire redémarrer électriquement les neufBoxes.
Un exemple parmi tant d’autres des énormités constatées : tentative de connexion à un réseau via une prise USB…
Janvier 2010 – Mai 2010 : on the road again !
Pendant tous ces mois, j’avais commencé à mûrir des projets d’amélioration conséquents mais je manquais de personnel qualifié. Mais en fin d’année 2009, je réussis enfin à recruter les gens (ils se reconnaîtront) dont j’avais besoin pour les mener à bout. Quelques mois plus tard, on a réussi à implanter quasiment tout ce qu’on s’était promis de faire. La situation n’a plus rien à voir avec celle que j’avais rencontrée un an plus tôt, et je peux lâcher mon bébé content de moi.
Allez hop, rapide présentation du bousin
Pour simplifier, un petit schéma :
Comme je l’ai dit, tout repose sur trois lignes téléphoniques ADSL professionnelles fournies par neuf Télécom. Là où le bât blessait, c’est que ces lignes étaient anciennement reliées à 3 neufBoxes toutes bêtes qui devaient supporter l’intégralité du trafic : le débit suivait à peu près, mais elles croulaient sous les requêtes simultanées et au final devenaient autistes. Imaginez votre PC quand vous l’assaillez de clics pendant 10 minutes : vous aurez une bonne idée de ce qui arrivait.
Un exemple en image :
La courbe qui joue au kangourou représente la charge (nombre de connexions TCP/IP) en ligne ; au delà des périodicités quotidiennes et hebdomadaires, remarquez que dès qu’elle monte un peu, un pic rouge apparaît, synonyme de plantage routeur…
La grosse amélioration de l’année a été l’achat d’un matériel un peu plus sérieux pour remplacer les neufBoxes. En matière de réseau, qui dit sérieux dit bien souvent Cisco Systems…j’ai donc rapidement pris contact avec divers fournisseurs pour acheter des modems-routeurs ADSL qui tiennent la route. Après quelques mois d’attente et diverses tribulations, les voilà arrivés :
Remarquez qu’il reste, posée sur l’un des deux Cisco, une neufBox : au prix des routeurs, on a choisi de n’en acheter que deux et de laisser le troisième à la charge des générations futures…
La configuration des Cisco relève du parcours du combattant : il existe bien un logiciel de configuration à installer pour les gérer à distance, mais l’interface web est minimaliste et le seul moyen vraiment efficace consiste à leur parler en HyperTerminal ou en SSH. Mais une fois bien réglés, tout a changé : il est absolument impossible de les faire planter, quelle que soit la charge.
pfSense : Big Brother is watching you
Les trois neufBoxes sont rattachées à un PC qui fait office de passerelle, c’est-à-dire de lien entre internet et le réseau local de la résidence. D’un point de vue matériel, nous avons évolué d’un vieux AMD Sempron à 512 Mo de RAM, en gros d’un mauvais PC familial de l’an 2005, pour un serveur Dell PowerEdge doté d’un processeur Xeon Quad Core à 1 Go de RAM. Il faut bien ça pour supporter 280 étudiants réclamant internet en même temps…
D’un point de vue logiciel, j’ai gardé et simplement mis à jour la distribution FreeBSD pfSense : elle est spécialement adaptée au rôle de pare-feu / passerelle. On la dote notamment de quelques fonctionnalités bien utiles :
- filtrage des adresses MAC : seuls les ordinateurs enregistrés auprès de l’AMNet ont accès à internet et au réseau local ;
- load balancing : le trafic est réparti sur les 3 lignes téléphoniques. Mieux, si vous vous retrouvez assez seul à surfer et que le site web visité le permet, vous pouvez additionner le débit des 3 lignes pour vous retrouver à faire du téléchargement à des vitesses plutôt sympathiques :
Sachant qu’on n’utilise pas la fibre optique, et que le record à battre dépasse les 3 Mo/seconde, on n’a pas à se plaindre…
- failover : si l’une des lignes plante, tout est reporté sur les deux restantes, et ainsi de suite. Plutôt pratique jusqu’à l’an dernier, c’est devenu une sécurité plutôt qu’autre chose depuis 2010…
- ntop et Snort : ces deux plugins nous permettent d’avoir un contrôle total de tout ce qui se passe sur notre réseau. Cela nous permet notamment de repérer les petits comiques qui s’amusent à faire du P2P et à mettre la connexion de tous dans les roses, mais aussi de limiter la propagation des virus entre les PC. Par contre, sens éthique indispensable puisqu’on voit en direct ce que chacun fait…
La passerelle peut être gérée directement depuis le local via une interface minimaliste, mais en réalité on l’administre toujours à distance via l’interface web plutôt bien conçue même si elle regorge de bugs.
Qui a dit : bordel ?
Partant de la passerelle, la connexion internet dessert toute la résidence via 8 switchs de marque 3com et quelques routeurs WiFi pour compléter les zones non câblées. C’est un joyeux fatras de câbles, parfois coupés en plein milieu des murs, qu’on a décidé cette année de réorganiser pour savoir enfin qui est branché où. À la clé, une efficacité décuplée pour retrouver les pannes.
Que demande le peuple alors ? La TV !
Comme si tout cela ne leur suffisait pas à glander…nous avons cette année choisi d’installer la télé sur le réseau local de la résidence.
L’architecture retenue sera celle d’un serveur Linux qui diffusera la TNT captée via 3 cartes tuner en multicast. Comprenez que la TNT est diffusée comme un « bouquet », c’est-à-dire que plusieurs chaînes sont diffusées numériquement sur une seule fréquence. Chez vous, c’est votre démodulateur TNT qui se charge de faire le tri et de ne diffuser que la chaîne qui vous intéresse sur votre télé ; chez nous, ce sont nos cartes et le logiciel MuMuDVB qui inondent le réseau local d’un flux en streaming. Après, les étudiants se connectent à une page web sur laquelle le plugin VLC récupère le flux et l’affiche.
Une pléthore de chaînes disponibles, notamment en HD : alors, heureux ?
Bilan
Je suis fier d’avoir dirigé l’AMNet vers ce qu’elle est aujourd’hui : les problèmes sont devenus très rares et le service d’une bonne qualité. Si j’avais eu plus de temps, j’aurai implanté d’autres systèmes, tels qu’un proxy HTTP transparent pour mettre pas mal de pages en mémoire cache.
Finalement, même si je suis infiniment soulagé de lâcher l’affaire après une année de folie…j’ai un gros pincement au cœur au moment de rendre les clés. Au futur geek de l’extrême : prends bien soin de mon bébé !
avr/100
I am Providence.
Il est remonté trop loin dans le passé, et le passé a fini par l’engloutir.
Howard Philips Lovecraft, L’affaire Charles Dexter Ward
À lecteur geek, lectures geekesques ! Puisque je suis justement en train de redécouvrir les écrits de H. P. Lovecraft, je me suis dit que ce ne serait pas une mauvaise idée que d’en parler ici.
Lovecraft, c’est quand même à la base un bonhomme pas gâté par la nature : de nature frêle, dépressif, misanthrope, divorcé, il fait des rêves bizarres voire terrifiants qui lui inspireront nombre de ses bouquins.
Du coup, quand il écrit, c’est pas franchement joyeux-joyeux. Au choix, trois thèmes : des histoires macabres façon Edgar Allan Poe, des nouvelles se rapportant au « monde du rêve » et aux tribulations des protagonistes en son sein, et enfin et surtout, ce qui éclipse bien souvent le reste : les « Yog-Sothoteries » comme les décrivait Lovecraft, c’est-à-dire le célèbre Mythe de Cthulhu.
Ph’nglui mglw’nafh Cthulhu R’lyeh wagh’nagl fhtagn
Cthulhu c’est un peu le croque-mitaine ultime dans l’imaginaire de ses fans, même si Lovecraft, lui, ne le mettait pas forcément sur une plus haute marche que ses autres créations. Comme ses copains Nyarlathotep, Yog-Sothot ou Azathoth, c’est un « Grand Ancien », une entité cosmique peu fréquentable, qui n’a guère d’autre ambition que de sortir de sa cité engloutie de R’lyeh pour asservir la Terre et dévorer tout ses occupants, mouhahaha.
Je ne sais plus où j’ai lu ça, mais ça s’applique plutôt bien : là où Tolkien construit une mythologie d’une rigueur académique, Lovecraft réinvente à chaque nouvelle. Ce n’est pas plus mal, puisqu’il fait aussi preuve d’une étonnante capacité à suggérer la terreur souvent sans réellement décrire ses délires ; à mon sens, ses nouvelles se présentent comme autant de pièces d’un puzzle qui nous permet de reconstituer le « complot astral » du club des géants tentaculaires putrides.
Bouh j’ai peur !
Niveau terreur, justement, vous allez être servi : beaucoup de protagonistes confrontés aux horreurs sortant tout droit de l’esprit dérangé de Lovecraft sombrent dans la folie voire le suicide, tout ça sans que l’auteur vous ait réellement décrit ce qu’ils ont vu ou vécu ; et on se surprend souvent à frissonner devant ces demi-descriptions où fourmillent les adjectifs du genre « affreux », « immonde », « atroce », j’en passe et des meilleures.
C’est vraiment bon alors ?
Moi j’adore, et je vois arriver avec désarroi la fin de mon stock. Attention, je ne prétends pas non plus que c’est sans défaut : Lovecraft fait par exemple clairement preuve d’un certain racisme, même pour une époque où l’eugénisme ou la ségrégation étaient monnaie courante. Il ne se limite d’ailleurs pas aux ethnies de couleur, puisqu’il est surtout très virulent envers les peuples « dégénérés » ou « consanguins » qui sont légion dans ses nouvelles. La qualité de ces dernières est aussi assez inégale, ce qui casse un peu l’ambiance quand au beau milieu d’un recueil qui nous tient en effroi on tombe sur un écrit bien inférieur.
Mais pour l’instant, c’est le seul écrivain dont j’ai refermé un bouquin un peu précipitamment une fois arrivé à la fin (c’était pour la nouvelle Les rats dans les murs)…

































































































